Massalia, de la fondation au siège de César (-600 à -49 avant J.C) – Une cité grecque heureuse ?

Éditorial

Depuis l’ouverture du MUCEM et le succès, en 2013, de « Marseille capitale européenne de la culture », la vieille cité phocéenne connaît un renouveau culturel évident. Si, en 2026, le Musée des docks romains est ouvert de nouveau au public, c’est pour souligner l’incroyable richesse du substrat antique. Et ce, de ses grandes heures de dernière cité libre grecque dans le monde romain, au siège fatal de – 49. Lors de la guerre civile choisissant le Grand Pompée au détriment de César, vainqueur de la Guerre des Gaules, les Massaliotes firent le mauvais choix. Mais Jules César sut toutefois préserver les institutions de la ville désarmée, qui demeura un pôle culturel et un port important.

C’est dire que ce fleuron de la civilisation grecque est unique dans l’histoire de l’Occident. Fondée en- 600 par des marins venus de Phocée, la cité de Gyptis et de Protis, dont on soulignera l’importance de ce mythe fondateur, devint rapidement une thalassocratie dominant la Méditerranée occidentale. Ces Grecs n’étaient pas des conquérants, des colons. Ils fondèrent des comptoirs de Nice à Emporion, en Catalogne. Ils firent fortune par un commerce très divers, notamment en contrôlant la route de l’étain qu’ils allaient chercher en Gaule. Pythéas, au -IVe siècle, poussa jusqu’à la mystérieuse Thulé, dans le Grand Nord. Il demeure l’un des plus grands navigateurs, géographes et astronomes de l’antiquité.

Cette cité ceinte de hauts murs en grand appareil était unique en son genre. Elle offrait la plus vielle constitution d’Europe. Elle a perduré de – 600 à la fin de l’époque romaine (selon toute vraisemblance), en 472, quand la ville fut prise par les Wisigoths. Nous nous interrogerons sur ce type de régime et la société qu’il représentait avec ses 600 timouques et des règles sociales strictes. Elles bannissaient toute ostentation, garantie de la paix sociale, sous la protection des dieux tutélaires, Artémis et son frère jumeau Apollon. A Delphes, sanctuaire de ce dieu des arts et de la lumière, le trésor des Massaliotes (vers -490) incarnait la réussite de cet avant-poste grec en Gaule.

Est-ce à dire que comme tous les peuples qui n’ont pas d’histoire, la ville fut une cité heureuse ? La question est en débat. L’historien militaire que je suis donne la clef de l’extraordinaire résistance de la ville à toutes les menaces. Comment a-t-elle fait pour disposer d’une armée et d’une flotte permanentes à compter du -IVe ? De quelle manière a-t-elle su habilement jouer de l’alliance indéfectible avec Rome pour réussir à prospérer encore ? Quel rôle clef a-t-elle joué dans les guerres puniques contre sa rivale, Carthage ? Mais aussi en soutenant, par sa flotte qui assurait la logistique, les légions de Caius Marius, elle a aidé à repousser la première grande invasion germanique. Cette ruée des Teutons a été brisée en -102 au pied de la Sainte-Victoire.

Massalia est aussi une vitrine culturelle de la Grèce antique. Cette conférence est une invitation à redécouvrir l’ensemble de ce formidable héritage, dont le Jardin des vestiges, attenant au Musée d’histoire de Marseille, offre une vision romantique.

INTERVENANT

Jean-Charles JAUFFRET

Professeur émérite d’Histoire Contemporaine, Ancien directeur du département d’histoire et du master d’histoire militaire comparée, géostratégie, défense et sécurité de Sciences Po Aix.

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Débute le

07 octobre 2026 17:30
07 octobre 2026 19:00

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