« Le traumatisme n’existe pas. » La phrase est d’Alfred Adler, et elle a de quoi indigner. Elle ne nie pourtant pas la souffrance : elle nie que le passé nous détermine.
Adler est le moins connu des trois Viennois, et pourtant celui qu’on cite le plus souvent sans le nommer — le « complexe d’infériorité », c’est lui. Médecin, longtemps proche de Freud, il s’en sépare en 1911 pour fonder ce qu’il appelle la psychologie individuelle. Le désaccord porte sur un point décisif. Là où Freud cherche derrière un comportement une cause venue du passé, Adler cherche un but poursuivi au présent : nous ne sommes pas poussés par ce qui nous est arrivé, nous sommes tirés par ce que nous voulons obtenir — une sécurité, une justification, parfois le droit de ne rien tenter. Et il ajoute ce qui fera sa postérité : nos difficultés naissent presque toutes de ce que nous plaçons les autres au-dessus ou au-dessous de nous. Il ne propose pas de gagner cette compétition, mais d’en sortir.
Deux auteurs japonais, Ichiro Kishimi et Fumitake Koga, ont fait de cette intuition un livre devenu un succès mondial : Avoir le courage de ne pas être aimé. Leur thèse tient en une provocation : nous passons notre existence à quêter l’approbation d’autrui, et la liberté commence exactement là où ce besoin s’arrête.
Reste la question que ce cours veut poser, et qui n’est pas si simple. Peut-on vraiment vouloir ne pas être aimé ? Adler appelle liberté ce qui pourrait n’être qu’indifférence, et l’on est en droit de se demander si celui qui ne dépend plus du regard des autres est devenu libre — ou seulement seul. Il existe peut-être une troisième voie : non pas se passer de la reconnaissance, mais cesser d’avoir à la mendier.
Trois séances pour prendre au sérieux une thèse provocante, et pour l’éprouver.
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